Festivals d'été : une plongée au cœur de la technique

Par Absolute Event le 30 juin 2015

Importance de la technique sur un festival

L'été est la saison parfaite pour goûter au plaisir des festivals. Des atmosphères festives et des programmations étoffées font de ces évènements estivaux des rendez-vous incontournables pour les amoureux de musique live. Des festivaliers à la recherche d'expériences scéniques inédites, friands de découvertes et de coups de cœur.

La performance des artistes, une météo favorable et une organisation sans faille sont souvent citées par le grand public comme des conditions de réussite.

L'aspect technique reste un aspect oublié dans cette liste. Et pourtant, la qualité du son et des lumières par exemple, influence directement la perception d'un concert. Qui n'a pas connu un concert gâché par un niveau sonore trop fort et exécrable ou au contraire trop faible au delà du dixième rang, une guitare qui couvre le chanteur et autres désagréments ? Dans ces cas là, une grande partie du public n'appréciera pas le concert et en gardera un mauvais souvenir.

C'est pour mieux comprendre ce qui fait la réussite d'un festival d'un point de vue technique que nous avons interviewé Evens ADRAS, le responsable d'Absolute Tech, une filiale de l'agence Les Absolute. Cet ingénieur du son expérimenté travaille depuis plusieurs années sur divers festivals (Printemps de Bourge, Rock en Seine, ...) et concerts au Stade de France. Aujourd'hui, il accompagne et conseille les organisateurs publics et privés d'évènements musicaux.

 

Installation technique des Absolute - Fête de la musique Made in Canal plus 2015

 

 

- Les Absolute : Bonjour Evens. Rentrons directement dans le vif du sujet : pour toi, quels sont les enjeux techniques lors d'un festival ?

- Evens Adras. Les enjeux sont multiples. Tout d'abord, il s'agit de proposer au public une prestation sonore et visuelle de grande qualité. J'insiste sur l'aspect visuel car aujourd'hui la diffusion de médias et de vidéos durant un concert est de plus en plus courante, cela fait même partie intégrante du spectacle. Evidemment, c'est aussi mettre les artistes dans les meilleures conditions possibles. Enfin, lorsque le show est retransmis en direct à la télé, à la radio ou sur le web, il faut restituer une expérience adaptée pour les téléspectateurs, auditeurs ou internautes.

- Les Absolute : Et puis j'imagine que les enjeux sont différents en fonction des types de festivals, non ?

- Evens. En effet, selon les festivals et les styles musicaux qui y sont représentés, les attentes du public ne sont pas les mêmes. Par exemple, les contraintes techniques seront différentes sur un festival de variétés, de rock, de jazz, de hip-hop, etc ... Dans certains cas, le public ne sera pas trop attentif à la qualité du son - sauf si c'est franchement mauvais - car ce sont des fans plutôt focalisés sur l'artiste alors que pour d'autres types d'évènements musicaux, le public sera plus pointu et très exigeant.

- Les Absolute : Tu te retrouves avec Absolute Event au cœur des évènements musicaux, peux-tu nous expliquer le rôle de l'agence durant tes missions ?

- Evens. Même s'ils nous arrivent d'intervenir uniquement sur des actions techniques (sonorisation par exemple), souvent, nous agissons bien en amont. Concrètement, nous aidons les organisateurs à mettre en œuvre leur évènement musical. Nous construisons le projet avec eux pour les aider à optimiser leurs budgets, leurs éviter les pièges courants et faire de leur festival un succès.

- Les Absolute : Et vous pouvez les conseiller sur quels champs d'action ?

- Evens. On commence par les aider à définir une direction artistique cohérente et à choisir des artistes qui y correspondent. Lors de l'étape suivante, on va analyser les fiches techniques envoyées par les groupes et artistes présélectionnés. Cette phase est cruciale car on commence à réfléchir à l'organisation des scènes. Nous faisons tout pour éviter de nous retrouver avec des groupes aux styles très différents sur la même scène. Si un groupe de rock et un orchestre de musique classique doivent se partager la scène, non seulement ce n'est pas très cohérent artistiquement parlant mais c'est aussi plus compliqué à sonoriser. Enfin, on travaille sur les scènes. On définit les meilleurs lieux pour les installer en fonction du public attendu et on dessine ensuite les plans pour placer les enceintes, les lumières, les écrans, ... au meilleur endroit. Nous sommes donc présents auprès de notre client là, dès le début du projet, pour superviser toutes ces contraintes techniques qui permettent d'assurer la qualité d'un festival. N'oublions pas que l'objectif final est de faire vivre un grand moment à un public.

- Les Absolute : J'imagine que ces conseils sont souvent très utiles aux organisateurs qui ne sont pas habitués à produire des évènements comme les collectivités ou les entreprises ?

- Evens. Effectivement, il y a tellement d'éléments à prendre en compte que ça peut vite devenir un casse-tête pour les organisateurs. Tiens, je te donne un autre exemple : la prise en compte de la jauge.

- Les Absolute : La jauge ? Qu'est-ce que c'est ?

- Evens. C'est la capacité d'accueil du lieu choisi : une salle, une place, un stade etc ... C'est primordiale d'y penser au départ car le matériel utilisé ne sera pas le même si l'espace du concert accueille 2 000 ou 10 000 personnes. C'est souvent parce que le matériel n'est pas adapté à la jauge que le son est mauvais, c'est à dire inconfortable ou alors trop faible pour les gens du fond. Nous analysons tous ces facteurs en amont et nous écrivons le cahier des charges qui permettra ensuite de choisir les prestataires techniques avec les organisateurs.

 

Un concert de musique classique dans une église ne sera pas sonorisé de la même manière qu'un concert de rock en plein air
"Un concert de musique classique dans une église ne sera pas sonorisé de la même manière qu'un concert de rock en plein air"

 

- Les Absolute : Après nous avoir décrit ces phases préparatoires, peux-tu nous expliquer ton rôle à quelques semaines du festival ?

- Evens. Quelques jours avant le festival, j'appelle les musiciens ou les managers pour caler les horaires d'arrivées, les balances, les heures de repas, ... le but est que tout se déroule sans couac ! On finalise les plannings avec les prestataires aussi.

- Les Absolute : Et on monte les scènes combien de temps à l'avance ?

- Evens. En moyenne sur les gros festivals, tout démarre 5 jours avant l'ouverture. On monte les scènes en 1 ou 2 jours en fonction de la taille de l'évènement. Le jour suivant, on monte les lumières, le son, la vidéo, ... On enchaine ensuite avec la commission de sécurité. Enfin, on encode la lumière, on fait les balances, bref ... on fait les derniers réglages. Evidemment, ce délai peut être beaucoup plus court en fonction des contraintes et de la taille de l'évènement. Il nous arrive de monter et sonoriser des petites scènes en moins d'une journée.

- Les Absolute : Et j'imagine que parfois il y a des spécificités et de vrais challenges techniques ?

- Evens. C'est clair. J'ai deux exemples qui me viennent à l'esprit spontanément. Ils concernent les Fêtes de Bayonne qui démarrent le 29 juillet. Il y aura une très grande scène installée sur la place Paul Bert sur laquelle des concerts sont programmés en soirée. Mais en journée, une course de vaches aura lieu sur cette même place qui va accueillir le soir 25 000 personnes ! Il faut donc combiner cette animation avec les concerts du soir. On utilise tout un système en fibre optique accroché à 15 mètres de haut qui permettra après la course de vaches d'installer la régie en 30 minutes. Il faut être assez pointu techniquement pour que tout fonctionne bien, tout en respectant toutes les règles de sécurité.

La deuxième spécificité est différente : dans la ville, il y a des zones où les bars sont obligés de diffuser la même musique pour éviter la cacophonie. Nous devons donc relier 24 bars à un seul DJ avec de la fibre optique. On équipe ensuite tous les bars pour qu'ils gèrent le niveau sonore comme ils le souhaitent. Techniquement parlant c'est génial à réaliser !

- Les Absolute : Et quand le show commence, que fais-tu ?

- Evens. Quand l'artiste monte sur scène, je commence à relâcher un peu la pression car il y a d'autres membres de l'équipe qui prennent le relai. Sauf si je me retrouve derrière une console mais ce qui est rare sur les gros festivals où les groupes arrivent avec leur propre ingénieur du son et ingénieur lumière.

- Les Absolute : Mais ta mission n'est pas finie pour autant non ?

- Evens. En effet, une fois le concert terminé, on rentre dans une phase ultra sensible avec le démontage et le chargement des camions. Et là, il faut être très vigilant car à 4 heures du matin les équipes sont fatiguées. C'est durant cette période que les accidents et les grosses bêtises peuvent arrivés. Généralement, je reste sur le démontage et je ne pars que lorsque le dernier camion s'en va.

- Les Absolute : Et ta hantise durant un festival, c'est quoi ?

- Evens. C'est la coupure de son : la panne électrique, le groupe électrogène qui lâche, ... le genre de truc que tu ne peux absolument pas maîtriser et qui reste totalement imprévisible. Dans ces cas là, les artistes, le public, l'organisateur, bref tout le monde se tournent vers la régie en demandant ce qu'il se passe. Cela donne parfois de grand moment de solitude. Mais le pire je crois, c'est l'annulation à la dernière minute à cause de la météo. C'est très dur à vivre pour ceux qui ont bossé pendant toutes ces semaines.

- Les Absolute : Et ton plus grand kif en tant que technicien ?

- Evens. Quand tu es à la régie, tu es au cœur du public. Tu ressens tout, les mouvements de la foule, les émotions des gens, ... il y a beaucoup de bonnes vibrations. On est parfois plus proche que l'artiste qui est parfois à 4 mètres du public. C'est vraiment une expérience extraordinaire !

- Les Absolute : Tu nous as dis en début d'entretien que l'intégration de la vidéo en concert était en train de se généraliser. Peux-tu nous parler des autres tendances en matière de live que tu as détecté ?

- Evens. Les concerts virtuels avec les hologrammes sont en train de se développer. Par exemple, lors du festival Coachella, le public a assisté au concert de Snoop Dog et l'hologramme de Tupac. On voit aussi des systèmes scéniques de plus en plus innovants où des murs d'images et le toit bougent par exemple. Le but est de transporter le public dans une expérience unique avec du son, de l'image, des effets spéciaux.

 

Hollograme Tuppac
Le rappeur Snoop Dog, en duo sur scène avec l'hologramme de Tupac

 

- Les Absolute : Tu nous as parlé tout l'heure des Fêtes de Bayonne, quels sont les autres gros évènements, sur lesquels tu vas intervenir avec Absolute Event ?

- Evens. Les Casetas de Biarritz qui est un événement festif en multidiffusion. Il n’y a pas de scène en format festival mais de la musique est diffusée sur 350m le long de la plage et à l’intérieur des tentes installées pour l’occasion. Il y a aussi le ALC Surf Festival à Biarritz avec une énorme scène sur la plage, la fête de la musique de Canal Plus et bien d'autres !

- Les Absolute :. Quel programme !

- Evens. Oui, c'est vrai que l'on ne s'ennuie pas entre les évènements ouverts au grand public, les évènements des entreprises (convention, inauguration, lancement de produit, ...) et la scénographie des stands de nos clients sur des salons. C'est cette variété de projets qui rend notre travail aussi passionnant.

- Les Absolute :. Mais d'ailleurs, cela doit demander une parfaite gestion de votre parc matériel non ?

- Evens. En effet, ça demande un gros travail d'analyse lors de la phase de pré-production avec les clients et un bon suivi des plannings pour gérer les stocks. Nous investissons aussi en permanence pour optimiser ce parc et proposer du matériel de pointe.

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